STOCKS – Trois (2025, BAD REPUTATION)
Édition remastérisée incluant livret et 3 titres bonus.

01. FALLAIT QUE J’TE DISE
02. C’EST PAS FACILE
03. OÙ TU COURS ?
04. ÊTRE MEILLEUR
05. SE FAIRE LA BELLE
06. MA RAPE MA GUITARE
07. J’T’ATTENDAIS PAS
08. TELLEMENT FRAGILE
09. SOLIDE COMME UN ROCK
10. BIKERS (LES MOTARDS)
11. FIORA


CD 3 NOUVEAUX TITRES :

01. C'ETAIT MIEUX AVANT
02. OLIGARQUE
03. MA COPINE SOLITUDE

Musiciens :

Trois
Stocks :
Christophe Marquilly : guitare,harmonica, chant *
Arnaud Delbarre : basse, chant
Bobby Luccini : batterie, programmation

Musiciens invités :
Arnaud Van Lancker : accordéon
Fred Scamps : orgue Hammond
Chistophe Lerouge : claviers
Pascal Deteuf : claviers

CD Bonus

Stocks :

Christophe Marquilly : guitare, chant,
Fred Nicolle : basse
Fabrice Trovato : batterie

Je ne peux malheureusement pas vous renvoyer à la chronique de « Trois », version 2002, dans RTJ : nous n’existions alors pas, dans un monde où Internet balbutiait encore. Je ne peux que vous rappeler la chronique parue dans le numéro 25 de Bands of Dixie, écrite à partir d’une cassette de pré-production par le regretté John Molet, « Southern John », longtemps un des piliers de RTJ.

En ces temps reculés, cette sortie ressemblant à une résurrection avait suscité beaucoup d’espoirs même si entre temps Christophe Marquilly avait continué à sévir avec ses Outsliders, excellent groupe de reprises blues, soul et rock qui semblait avoir remisé Stocks au placard. Avec le temps, il me semble que la qualité de l’album, écrit et interprété par les musiciens qui avaient déjà « commis » le redoutable « Éclats de Rock » en 1984 (plus de quarante ans déjà !), se confirme de plus en plus. Inexplicablement, ce troisième album de Stocks n’avait pas connu la reconnaissance qu’il méritait. À l’époque, je m’étais précipité pour l’acheter… et le faire signer dès que possible par Christophe, réfugié en Bretagne ! Comme pour le formidable « Enregistré en public » de 1982 (!) ou pour « Éclats de Rock », déjà cité, j’y avais trouvé non seulement de quoi réjouir mes cages à miel, comme aurait écrit notre regretté Jacques Dersigny, mais aussi de nombreux titres à reprendre en groupe pour se faire plaisir. J’avoue que je ne sais pas ce que nous réserve le nouveau mastering de la réédition par le label français « Bad Reputation » (clin d’œil à Thin Lizzy?) de ces titres devenus mythiques chez les connaisseurs, car je n’ai pu disposer ici que du EP désormais proposé en bonus. Partie remise. Cela dit, sachez que j’ai toujours autant de plaisir (énorme !) à réécouter l’album original, qui empile les unes sur les autres des perles méritant toutes de devenir des classiques. La qualité, ça reste ! Si vous étiez trop jeunes à l’époque pour vous intéresser à cette musique, précipitez-vous sur cet album, qui se clôt de façon inattendue avec un splendide moment acoustique d’inspiration celtique. Cette inspiration, perçue dès le milieu des 90’s, se retrouve périodiquement jusque dans « Rien n’est joué », album solo de Christophe Marquilly qui recèle aussi d’intéressantes versions studio de titres de Stocks autrefois captés sur « Enregistré en public ».

Avec le recul des années, « Trois » a juste la classe internationale.

Mais comme vous vous en doutez, si je me retrouve aujourd’hui devant mon clavier, plus de 20 ans après la parution de « Trois », ce n’est pas seulement pour vous parler d’un album paru il y a une petite éternité, fût-il exceptionnel, mais surtout de ces trois titres enregistrés par la nouvelle équipe de Stocks et diffusés dans un EP en bonus avec la réédition de « Trois ».

Soutenu par une rythmique soudée par sa participation commune à des formations comme The Blues Maker ou Trente, et composée de Fred Nicolle à la basse et Fabrice Trovato à la batterie, le nouveau Stocks s’appuie sur un retour réussi au Festival de Vouziers (octobre 2024) pour proposer à son public ces nouveaux titres, en espérant relancer une machine qui reste très populaire dans le cercle du blues-rock français. Que les organisateurs de concerts et festivals nous lisent et se sentent autorisés à contacter le groupe…

Que trois morceaux… Mais quand même trois !

D’emblée, la nouvelle production s’ouvre sur un gros son de guitare : la Les Paul de « Suzy » est de sortie sur « C’était mieux avant », un blues-rock teigneux, bien dans la lignée Stocks, avec dans le chant cette pointe un peu acerbe et pleine de dérision qui transparaissait déjà dans d’anciens titres du groupe. On remarque aussi dans les constantes de la formation la présence de ce son de basse rond, massif, lourd, mais distinct, qui ne joue pas trop sur les infra-basses et participe d’une rythmique bien carrée et solidement posée. Voilà un super titre de scène au refrain accrocheur, en clin d’œil à la caricature de Francis Cabrel (« C’était mieux avang ! »), qui devrait cartonner en concert. On commence bien !

Avec « Oligarque », on s’aventure musicalement dans un univers rugueux, un blues électrique lourd, voisin de celui des premiers albums de ZZ Top. Les paroles engagées plus clivantes veulent dénoncer sans ambages quelques dérives du monde actuel, en particulier le fonctionnement de l’U.E. que Christophe ne semble pas apprécier plus que ça ! Est-ce à cause de ce côté clivant que ce titre est pour le moment le seul à ma connaissance à ne pas avoir fait l’objet d’un clip ? Il y a dans ce morceau sarcastique, dont nous ne commenterons pas plus le fond ici, chacun se fera son idée, un petit parfum du « Société anonyme » bien bluesy d’Eddy Mitchell, signé Ralph Bernet et Guy Magenta. Pour le côté déconnexion des élites auto-proclamées, il semble aussi un peu rejoindre, sous un autre angle, et en plus revendicatif, « Où tu cours ? », magnifique titre de « Trois ».

Beaucoup plus de légèreté musicale dans « Ma copine Solitude », titre entraînant qui joue du contraste entre musique aérienne et paroles pas franchement guillerettes. Il me fait parfois penser (le traitement de la Strat’ ?) à « Ça m’fait tout drôle », ancien titre futé, plus subtil qu’on le pense généralement, que Christophe a enregistré deux fois, en live et en studio, et qui évoquait déjà une forme de solitude. La Strat’ en position intermédiaire instille un feeling assez « Ed King » et s’appuie toujours sur cet énorme son de basse dont la rondeur fait du bien. Le titre, défendu par un très joli clip tourné sur les côtes bretonnes, se termine sur quelques notes de slide jouées sur une guitare à résonateur, histoire de rappeler, alors que Christophe invoque non sans raison une filiation à la J.J. Cale, que son inspiration a ses racines bien plantées dans le blues.

En résumé, adossés à un album grand cru qui, comme les bons vins, semble se bonifier avec les années, ces trois nouveaux titres, fidèles à l’authenticité et à la sincérité sans fard qui ont forgé la légende de Stocks, montrent que la nouvelle formation est à la hauteur des anciennes. L’inspiration reste de qualité : les nouveaux morceaux, dans des inspirations variées, peuvent sans problème s’aligner sur scène à côté des anciens, et contribuer aux apparitions du groupe. On les souhaiterait plus fréquentes, et plus proches de l’ouest celtique où réside désormais Christophe, mais ne boudons surtout pas notre plaisir, et en attendant de pouvoir vérifier l’impact sur scène de ces nouveautés, profitons à fond de ce petit bonus inespéré.

Y. Philippot-Degand